P’tit Kalibr, Julien et Christian, trois jeunes désœuvrés au milieu d’une guerre qui ne les regarde pas. Alors qu’ils essaient de revendre divers babioles dans les villes qui sont encore debout, ils rencontrent Felix, homme violent, trafiquant. Ce dernier décidera alors de les recruter et de les utiliser comme homme de main, il fera particulièrement confiance à P’tit Kalibr avec qui il se comportera « comme un père ».
Gipi a scénarisé à merveille cette histoire. La première qualité est le système de narration où Gipi décide de ne pas faire narrer le personnage principal (celui ayant le caractère le plus prononcé), mais un de ses « amis » qui est plus effacé, Julien. Il mettra particulièrement en avant la différence entre Julien qui est de bonne famille et ses deux amis qui n’ont d’autres choix que de survivre dans cette zone de guerre. En plus d’une histoire captivante, on observe l’évolution des personnages au fil des pages et la manière dont la guerre et l’expérience changent les individus : la manière d’agir des différents protagonistes est très différente avant et après la rencontre de Felix. L’évolution des personnages les rend plus réel et donne du dynamisme à l’histoire. La différence de caractère des protagonistes donne de très bons dialogues, l’auteur oppose P’tit Kalibr teigneux et courageux qui mène la danse, à Christian plutôt simple et matérialiste qui rêve de s’acheter tout ce qu’il n’a jamais pu s’offrir et à Julien, jeune homme de famille aisée qui ne veut que rester avec ses amis. L’histoire en elle-même est captivante car l’auteur conte une guerre, mais n’offre aucun détail, ni sur l’époque, ni sur rien ; cette guerre est à l’image de tant d’autres et les protagonistes aurait réagi de manière similaire quelques soit les raisons de cette guerre. Le flou sur l’origine et la date de la guerre permet au lecteur de mieux comprendre ce que peuvent ressentir les trois jeunes hommes. Gipi en plus d’être un très bon scénariste, dessine de belle manière ses personnages. On ne peut pas dire que les dessins sont somptueux, mais ces illustrations permettent de comprendre ce que peuvent ressentir les protagonistes, rien qu’à leur tête. Les flashs back bien que peu nombreux sont illustrés sous forme d’esquisse, cette méthode est intelligente car permet de mieux se repérer dans le temps.
Un scénario somptueux dont les principaux atouts sont les dialogues et la perception de l’évolution des personnages.
Gipi est incontestablement une des révélations de 2005. Un auteur italien qui entre par la grande porte dans la BD franco-belge avec la traduction de quatre bijoux : "Notes pour une histoire de guerre", "Les innocents", "Le local" et "Extérieur Nuit" et qui rafle d’entrée le prix du meilleur album à Angoulême et le prix René Gosciny en prime pour ce one-shot "Notes pour une histoire de guerre".
Pour moi, dans cet album de Gipi, il y a un peu de Davodeau avec le côté humain de l’histoire et de la narration et également un peu du style de Baru et en particulier de "l'autoroute du soleil", qui ajoute au côté contemporain du récit une touche d’adolescence défavorisée et caïd.
Dans cet album divisé en trois chapitres on va suivre trois adolescents dans un pays (que l’on situe dans les Balkans) en guerre. Julien, fils à papa et narrateur de l’histoire, et deux jeunes issus d’un milieu défavorisé : Stéphane alias P’tit Kalibre qui n’a pas peur de flirter avec la mort et Christian, son fidèle compagnon.
Ce que j’ai fortement apprécié dans cet album c’est que contrairement à d’autres récits relatant le destin d’adolescents dans un pays en guerre (comme "Déogratias"), ici on ne retrouve pas ce côté victime de la guerre. On va suivre trois adolescents qui vont se frayer une voie au milieu de cette galère et consciemment choisir le côté des profiteurs de la guerre plutôt que celui des victimes.
Tout au long des différents chapitres on va s’attacher à ces trois personnages, les voir s’affranchir, se frayer un chemin dans la guerre, mais également dans la vie. La narration est exemplaire, parsemée de rêves brouillons de Julien, pour brillamment se conclure à la fin du troisième chapitre.
Bref, une belle découverte cet auteur italien, dont le dessin nous plonge immédiatement dans la bonne ambiance et dont la narration juste nous accroche au destin de trois adolescents qui doivent tracer leur vie au milieu d’une guerre civile.
Un album que beaucoup refermeront avec un sentiment de contentement, que d’autres rouvriront afin d’essayer de déchiffrer les textes en italien dissimulés dans le dessin (entre autre dans les flammes de la maison qui brûle), mais que peu iront revendre.
Voici une révélation ... un vrai talent traduit par "actes sud" qui entre dans la Bd par la grande porte. Respectant sa politique édidoriale, la maison d'édition propose des Bd "traduites" du monde entier dont ce excellent opus. Des images fortes, merveilleux grisés dans un style approchant celui du Baru de "l'autoroute du soleil" et surtout l'histoire de ces ados perdus dans un monde en guerre - Balkans ?- et essayant d'y trouver une place en se changeant en mercenaires désoeuvrés... c'est beau, touchant, peu optimiste sur la nature humaine. En tout cas c'est un vrai coup de coeur !
J'espere simplement que d'autres BD de Gipi seront bientôt traduites. A découvrir d'urgence !
Avis d'invité tontine
15 Fevrier 2005
Il suffit de quelques pages pour se rendre compte qu'on tient dans les mains un des ces albums qui font la grandeur de la bande dessinée. De la "couleur" (un magnifique travail sur les gris) aux attitudes, en passant par le mode de narration, c'est un sans faute parfait. Même le nombre de pages est juste pour entraîner "naturellement" les personnages de la position d'ados un peu désoeuvrés à de parfaits salauds, tout en sachant conserver un rôle à chacun.
Avis d'invité Philippe
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